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Par Albert Anelli
Illustration : Jason Schneider
Le Groupe consultatif sur le régime canadien de fiscalité internationale a axé son orientation sur une compétitivité accrue des entreprises
Le 10 décembre 2008, le Groupe consultatif sur le régime canadien de fiscalité international a remis son rapport final et ses recommandations définitives au ministre des Finances. La mise en place du Groupe consultatif avait officiellement été annoncée le 30 novembre 2007, mais sa création remonte à l’instauration de l’initiative de lutte contre les paradis fiscaux par le ministère des Finances, le 14 mai 2007, après la controverse suscitée par le budget fédéral du 19 mars 2007.
Tant l’initiative de lutte contre les paradis fiscaux que le budget fédéral de 2007 proposaient de limiter la déductibilité des frais d’intérêt et d’autres dépenses engagées par des sociétés résidant au Canada, relativement à leurs investissements dans des sociétés étrangères affiliées ainsi que certaines autres mesures de fiscalité internationales. Or, assez ironiquement, le Groupe consultatif recommande l’abrogation de la limitation de la déductibilité de l’intérêt.
Le Groupe consultatif avait pour mandat de formuler des recommandations pour rendre le régime canadien de fiscalité internationale plus concurrentiel, plus efficient et plus équitable. Il s’agissait de guider le ministre dans l’élaboration d’un cadre stratégique pour une politique sur la fiscalité internationale applicable aux investissements faits par les entreprises canadiennes à l’étranger, ainsi qu’à ceux qui sont faits au Canada par des entreprises étrangères. Contrairement au Comité technique de la fiscalité des entreprises (le comité Mintz) de 1997, dont les recommandations devaient être neutres sur le plan budgétaire, le Groupe consultatif ne s’est pas vu imposer une telle restriction.
Les recommandations du Groupe consultatif témoignent d’une vision globale axée sur la mise en place d’un régime plus simple, plus juste et plus efficient, destiné à améliorer la compétitivité des entreprises canadiennes. En relativement peu de temps, le Groupe consultatif a produit un rapport clair et documenté, caractérisé par une approche pragmatique plutôt que dogmatique, et qui propose des améliorations prudentes plutôt que des réformes en profondeur. À ce jour, les recommandations ont généralement été bien accueillies par le monde des affaires et la communauté financière.
Voici les principales recommandations du Groupe consultatif :
Imposition des investissements directs à l’étranger
Les recommandations du Groupe consultatif visent généralement à réduire la complexité de l’établissement de comptes de surplus et à alléger le fardeau de l’observation qui y est associé, et ce, tant pour les contribuables que pour l’Agence du revenu du Canada. En outre, le Groupe consultatif est d’avis qu’il est inapproprié d’empêcher les entreprises canadiennes de bénéficier de l’exonération des surplus relativement au revenu d’entreprise exploitée activement et gagné dans un pays non-signataire d’une convention fiscale ou d’un AERF avec le Canada. Il estime cependant qu’il convient d’élargir le régime d’exemption aux gains en capital tirés de la vente d’actions d’une société étrangère affiliée, admissibles à titre de biens exclus, puisque le revenu de la société affiliée serait également exonéré de l’impôt au Canada et que cette mesure serait compatible avec l’approche retenue par d’autres pays qui appliquent un tel type de régime. Finalement, le Groupe consultatif est d’avis que l’impact budgétaire de ses recommandations serait probablement neutre, étant donné que les dividendes provenant de sociétés étrangères affiliées et les gains en capital réalisés lors de la cession d’actions de telles sociétés sont rarement imposés en vertu du régime actuel.
Frais d’intérêt et autres dépenses
Il ne fait aucun doute que c’est la question de la déductibilité des frais d’intérêt (celle qui avait suscité la plus vive controverse après le budget fédéral de 2007) qui a le plus retenu l’attention des membres du Groupe consultatif. En recommandant l’abrogation complète de l’article 18.2, le Groupe consultatif croit que le régime fiscal canadien ne devrait pas désavantager les entreprises canadiennes qui essaient de livrer concurrence à l’étranger et que celles-ci ont besoin d’une certaine marge de manœuvre pour attirer des capitaux et structurer le financement de leurs activités à l’étranger si elles veulent être sur le même pied que les entreprises à l’étranger, à la lumière de l’environnement financier mondial actuel.
Règles sur le revenu passif et le revenu étranger accumulé, tiré de biens
Si les recommandations du Groupe consultatif au sujet du revenu passif et des règles régissant le REATB sont généralement considérées comme étant non controversées et qu’elles étaient, dans une large mesure, assez prévisibles, il convient de féliciter le Groupe d’étude pour avoir recommandé un examen des règles sur l’érosion de l’assiette fiscale pour assurer qu’elles sont adéquatement ciblées et qu’elles ne nuisent pas aux opérations commerciales menées de bonne foi qui touchent la compétitivité internationale des entreprises canadiennes, en particulier à la lumière d’une utilisation accrue de chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale pour la plupart des multinationales canadiennes.
Imposition des investissements directs étrangers au Canada
Les recommandations du Groupe consultatif au sujet de l’imposition des investissements directs étrangers au Canada étaient prévues dans une large mesure, notamment celles qui visaient l’élargissement des règles sur la capitalisation restreinte pour qu’elles ne s’appliquent pas exclusivement aux sociétés résidant au Canada et l’accent mis sur les soi-disant opérations de transfert de dette. La recommandation visant à réduire le ratio dettes/capitaux propres permis, pour le faire passer de 2:1 à 1,5:1 (sans restreindre l’utilisation de dette envers un tiers ou de dette garantie) était généralement fondée sur un désir de ne pas accroître la complexité des règles (en adoptant une approche fondée sur le principe de pleine concurrence ou des règles sur le dépouillement des gains) et de ne pas alourdir le fardeau d’observation des entreprises canadiennes, et une volonté de ramener le ratio dettes/capitaux propres permis à un niveau qui, selon le Groupe consultatif, se rapproche davantage des ratios actuellement en vigueur dans les industries au Canada et des ratios permis dans d’autres pays (qui réglementent généralement aussi les dettes envers un tiers et les dettes garanties).
Le rapport du Groupe a généralement été bien reçu. Dans le cadre du budget fédéral du 27 janvier 2009, le gouvernement a indiqué qu’il se penche actuellement sur les recommandations du rapport et qu’il fera connaître sa position en temps voulu. Toutefois, on peut noter que la recommandation la plus importante du Groupe, soit l’abrogation de l’article 18.2, était au nombre des propositions contenues dans le budget et qu’elle a reçu la sanction royale le 12 mars 2009.
Albert Anelli, CA, est associé et leader pour le marché des Services de fiscalité internationale de Ernst & Young, s.e.n.c.r.l. à Montréal. On peut le joindre à albert.anelli@ca.ey.com.
Trent Henry, CA, est associé directeur en fiscalité chez Ernst & Young et il dirige cette rubrique.